Arthur Lamothe

cinéaste, réalisateur et producteur

Trésors des premières nations

Trésors des premières nations
http://www.mcq.org/fr/mcq/nations.html 1998/11/14
L'exposition permanente du Musée de la civilisation vise à surprendre et à émouvoir le visiteur
Le Devoir
Desautels, Vincent

Québec - Quelques semaines avant l'ouverture, le relationniste du musée avait levé le rideau pour quelques curieux sur l'une des pièces maîtresses de l'exposition à venir. Au milieu du tumulte d'une salle en plein montage reposait un gigantesque canot d'écorce, un «rabaska» de plusieurs mètres fabriqué en 1985 à Manawan par César Newashish, alors âgé de 82 ans, pour l'exposition universelle de Vancouver. Parmi les caisses et les chariots, les bâches et les échafaudages, on ne distinguait, le temps d'un regard, que l'imposante proue du canot qui s'élevait au-dessus du sol, peinte de motifs rougeâtres sur fond d'écorce brunie.

Aujourd'hui, l'exposition Nous, les premières nations est ouverte au public et le rabaska de César Newashish trône fièrement au centre de la salle, parmi plusieurs centaines d'objets témoins d'une culture millénaire si proche de nous et si éloignée en même temps. OEuvres d'art, pièces archéologiques, outils de chasse et de pêche, vêtements traditionnels ou autres objets de la vie courante, on les a chargés de raconter aux visiteurs la réalité passée, présente et future des onze nations amérindiennes qui vivent aujourd'hui sur le territoire du Québec.

Des sculptures inuits, par exemple, renvoient autant à la tradition artistique autochtone qu'aux retombées commerciales qu'elles ont apportées. Un costume d'apparat porté par le chef Tahourenche de Wendake au début du XIXe siècle ou des wampums en coquillage rappellent évidemment des façons de faire qui remontent à des temps immémoriaux. En parallèle, plusieurs bandes vidéo, la plupart réalisées par le cinéaste Arthur Lamothe, permettent à des Amérindiens d'exprimer leur réalité contemporaine, que ce soit en matière de revendications territoriales, de développement économique ou d'héritage culturel.

Une présence constante

Dix ans avant de rendre un tel hommage aux premières nations, ce pourrait être perçu comme une éternité par certains esprits chagrins. Mais ce serait avoir la mémoire courte, puisque le Musée de la civilisation a souvent abordé des thèmes reliés aux Amérindiens, tant dans ses activités culturelles que dans ses salles d'exposition. Dès l'ouverture, Toundra, Taïga traitait des peuples du Nord et, depuis, plusieurs expositions ont repris des sujets amérindiens: L'OEil amérindien, regard sur l'animal en 1991, Nomades en 1992, Plumes et Pacotilles en 1993, Mémoire vive - Puigurqajanngitakka en 1995 «Comme on faisait beaucoup d'expositions temporaires reliées à des thèmes amérindiens, on n'avait pas senti le besoin d'installer une exposition permanente, mentionne Dominique Bilodeau, chargée de projet pour l'exposition Nous, les premières nations. Parce qu'une expo permanente, il faut l'assumer: elle est là pour au moins une dizaine d'années. Avec les dix ans du musée, qui se voulaient comme une deuxième naissance de l'institution, on a pensé que le moment était venu d'en proposer une nouvelle au public et ce fut Nous, les premières nations.»

L'exposition a été conçue avec le concours de représentants des onze nations amérindiennes québécoises et s'oriente autour des grands thèmes qui reflètent l'actualité de la vie autochtone. «Nos collaborateurs nous ont bien avertis qu'ils ne voulaient pas que leur culture soit traitée comme une culture morte, appartenant à un passé révolu. On ne le sent pas toujours quand on vit à Québec ou à Montréal, mais ces gens-là vivent entièrement dans le présent. Oui, ils ont un passé et ils sont attachés à leurs traditions, mais en même temps ils sont entrés dans la modernité. Notre souci premier était de sortir du folklore pour les montrer comme un monde vivant», rapporte Dominique Bilodeau. En ce sens, une partie de Nous, les premières nations a été réservée à des terminaux branchés sur divers sites Web amérindiens; la réalisation de ce «café Internet» fut d'ailleurs confiée à une firme autochtone.

Un parcours libre

L'apport de conseillers amérindiens se fait aussi sentir dans la disposition de l'exposition. Dominique Bilodeau explique qu'il s'agit d'un parcours libre, circulaire, avec deux entrées et donc pas de plan de visite précis: «Au début du projet, on a fait visiter différentes expositions à nos collaborateurs autochtones et ils ont été très clairs dans leurs préférences: ils ne voulaient pas de labyrinthes ni de parcours balisés; "Pas de murs", ont-ils insisté. Ça reflète la dimension territoriale qui leur est si chère; le territoire est une réalité très ancrée en eux qu'on a voulu recréer en misant sur un espace sobre, aéré et en ramenant les regards vers le sol.» Le visiteur peut se sentir un peu perdu dans l'immense salle aux allées dégagées, idéales pour recevoir des groupes scolaires, qui d'ailleurs ne manquent pas d'y venir en grand nombre.

Si la collaboration avec des conseillers autochtones fut fertile, elle n'en a pas moins révélé des blessures profondes: l'aspect spirituel, par exemple, a complètement été évacué de l'exposition. «C'est très controversé chez les autochtones; c'est trop intime, ça n'avait pas de bon sens de traiter un sujet où eux-mêmes ne s'entendaient pas sur la place à lui donner. Il faut comprendre qu'ils ont été humiliés, bafoués dans leurs pratiques spirituelles. Les plus vieux ressentent une gêne de revenir à ça, alors que certains, plus jeunes, aspirent à se les réapproprier. Tout cela fait que c'est un sujet tabou», constate la chargée de projet.

Autre particularité qui peut surprendre le visiteur: l'exposition est conçue en îlots thématiques, mais rien ne vient faire le lien entre ces blocs; les textes d'introduction auxquels on a été habitués et qui permettaient une synthèse aisée des informations ont ici été éliminés. «Nous avons essayé de faire en sorte que chaque thème soit "auto-portant", répond Dominique Bilodeau. Nous avons tenté de pas être trop didactiques. C'est une exposition impressionniste qui vise à susciter la curiosité. L'exposition se veut un lieu de rencontre pour permettre à une culture de s'exprimer, de se faire connaître. L'idée générale n'était pas d'enseigner, mais de surprendre, d'intéresser et surtout d'émouvoir le visiteur.»Nous, les premières nationsExposition permanente Musée de la civilisation Depuis le 21 octobre 1998



L'équilibre des mondes

L'équilibre des mondes
  2001/06/09
Le Devoir
Thériault, Normand

Il est Abénaqui et il lui dit: "Kuaï-Kuaî!" Il est Algonquin ou Attikamek et il lui dit: "Kué!" Il est Cri et il lui dit: "Wachiya!" Il est Huron-Wendat et il lui dit: "Te8etsionnonk8annion!" Il est Innu et il lui dit: "Ai!" Il est Micmac et il lui dit: "Welta' sualul" Il est Mohawk et il lui dit: "Kwé-kwé!" Il est Montagnais et il lui dit: "Kué-kué!". Il est Naskapi et il lui dit: "Waachiyaa!" À chacun d'entre eux, un Québécois, à moins d'être ethnologue ou anthropologue, ne saurait affirmer qu'un simple "bonjour!" en retour de ces propos reçus tiendrait de la politesse élémentaire. Tel est en effet le sens de ces mots que les habitants des Premières Nations lui auraient alors adressés.

Depuis 400 ans, le Blanc et celui qu'il appelait il n'y a pas longtemps encore le "sauvage" se côtoient sur le même territoire. Pourtant, chacun d'entre eux vit dans un univers parallèle. Ou pire, dans un état où la supériorité de l'un tient de l'infériorité dans lequel il garde l'autre. Il suffit de revoir Les Bûcherons, le film d'Arthur Lamothe, pour se remettre en mémoire cet Indien, celui qui vit en famille sous la tente, non dans un "campe", pour se souvenir comment on lui attribue comme lieu de coupe ces broussailles que le vrai bûcheron dédaigne.

Il y a 25 ans, un grand pas a été toutefois franchi quand, en signant la Convention de la Baie James, le gouvernement québécois reconnaissait de façon juridique les droits ancestraux des Premières Nations sur leur territoire. Et pourtant, plusieurs s'interrogent toujours sur la nécessité d'établir dans les territoires du Grand Nord des gouvernements autonomes dont les structures s'inspirent directement de la démocratie occidentale: il suffit d'imaginer le tollé si de tels gestes étaient repris pour les zones sises à proximité des territoires urbains.

Comprendre

En fait, entre ces peuples, ceux qui forment les Premières Nations et les autres dits fondateurs, l'incompréhension persiste. De la Loi sur les Indiens donnée en 1875, avec l'objectif avoué de réaliser au plus tard en 1930 l'intégration, voire l'assimilation, complète des bourgades visées, le Blanc retient surtout qu'elle exempte certains citoyens de l'obligation de la taxation quand l'autre souligne qu'il s'agit d'une simple mise en tutelle, d'un encadrement par la création de "réserves", qui lui nie tout pouvoir de décision, du droit à l'autonomie.

Pourtant, "dans un passé qui n'est pas si lointain, nos ancêtres ont reçu les nouveaux arrivants et ils les ont aidés. La première partie de l'histoire de nos relations en est une de partenariat. Ce n'est que plus tard que l'humeur de l'invité a changé. Depuis 1800, nous avons eu à subir les exactions de notre partenaire devenu désormais maître des lieux, et nous avons été déclarés étrangers dans notre propre monde. Oui, il faudrait réécrire l'histoire. Il faudrait écrire une histoire qui soit moins insultante pour nous, les citoyens des Premières Nations. Nous avons une grande part à cette histoire, mais cette part nous est aussi niée, comme fut nié notre attachement à nos terres, comme furent niées nos contributions à la survie, à la vie et à la philosophie. Cette histoire, il nous faudrait la partager, il faudrait tous la partager sans exclusion aucune. Il serait urgent de l'enseigner, de la diffuser, en un mot d'apprendre à la raconter."

Au sénateur Gill, Québécois et Abénaki métissé, que répondre? Il est difficile d'admettre une ignorance. Il est toutefois possible de taire des préjugés. Ce qui se fait de plus en plus. Comme il est possible de démontrer une ouverture d'esprit.

Les actions que mènent "Terres en vue" s'expliquent par une telle attitude. Le festival Présence autochtone sera dès lundi présenté en territoire montréalais: 11 jours pour tenter de comprendre ces premiers habitants de trois continents donnés à tous en partage, de saisir cette réalité qui est en fait un héritage commun. Au-delà des témoignages sur la condition difficile donnée à des peuples, il y a aussi un monde de contes, de légendes, d'oeuvres d'art à fréquenter. L'occasion est donc offerte de se mettre en relation avec la différence. C'est seulement par le partage que peut s'établir l'équilibre entre les mondes.

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